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Vibe coding & agentic engineering : au-delà des outils, les enjeux de fond

Date création
Mar 1, 2026 11:22 AM
Thématique
AITransformation numérique
Type de contenu
Contenu Memoways
Utilité, usage
AnalyseOpinion
Description courte

Article compagnon du comparatif vibe-coding : dimensions philosophiques, sociétales et stratégiques — inspiré par l'analyse de Sachin (Technically) et notre expérience terrain

Auteur

Ulrich Fischer

Labels
PhilosophieSociétéVibe CodingModèles économiques

Cet article est un compagnon

Ce billet prolonge notre Comparatif de logiciels de vibe coding, avec perspective agentic codingComparatif de logiciels de vibe coding, avec perspective agentic coding en abordant les questions que les comparatifs techniques n'adressent pas : que fait le vibe coding à ceux qui le pratiquent ? Quelle valeur durable peut-on en tirer ? Et quels sont les angles morts à surveiller ?

Le comparatif répond à "quel outil choisir ?". Cet article répond à "et une fois qu'on vibre… qu'est-ce qu'on construit vraiment ?"

Le Maker Movement : un miroir éclairant

Dans son essai Linked page, Sachin (Technically) propose un parallèle historique percutant : le vibe coding n'est pas sans précédent. Le Maker Movement (~2005-2015) — imprimantes 3D, Arduino, Maker Faires — a traversé un cycle similaire de démocratisation, d'enthousiasme et de désillusion.

Les parallèles sont frappants :

  • Le Maker Movement avait ses crapjects (objets imprimés en 3D sans utilité). Le vibe coding a son slop (applications générées sans soin ni réflexion).
  • Les deux promettent une transformation personnelle par l'acte de créer — l'idée que fabriquer quelque chose vous rend plus créatif, plus autonome, plus entrepreneurial.
  • Les deux s'appuient sur des outils devenus accessibles qui abaissent radicalement la barrière d'entrée.

Mais il y a une différence fondamentale qui change tout.

Le scenius manquant

Le chercheur Fred Turner (Stanford) a analysé en 2018 comment le Maker Movement avait réinventé une forme de théologie de la Frontière américaine : dans un monde en crise, l'individu discipliné qui fabrique de ses mains trouvera le salut. C'est une idéologie puissante — et on la retrouve mot pour mot dans le discours actuel sur le vibe coding.

Mais le Maker Movement avait quelque chose que le vibe coding n'a pas eu : un scenius — ce que Brian Eno appelle une communauté créative où des gens jouent avec des outils que le mainstream considère comme des jouets. Les homebrew computer clubs des années 70, les zines punk des années 80, le web des années 90… chaque vague technologique a eu sa phase de jeu protégé, sans pression de résultat.

Le vibe coding a sauté cette phase. Les outils ont été déployés directement au grand public, et presque immédiatement dans des contextes professionnels. Pas de période de gestation. Pas de temps pour accumuler ce savoir tacite, bizarre et inutile que les communautés scenius produisent — et qui s'avère ensuite être la compétence la plus précieuse.

🤔

Notre observation terrain : chez Memoways, notre phase d'expérimentation intensive (une dizaine de prototypes en deux mois sur Lovable, Bolt, Replit…) a fonctionné comme un scenius à petite échelle. C'est en faisant des choses "inutiles" qu'on a développé notre intuition sur ce qui marche et ce qui ne marche pas. La question est : combien de vibe coders se donnent ce temps d'exploration avant de chercher un résultat ?

L'anesthésie évaluative : le piège psychologique

Sachin nomme un mécanisme que nous observons aussi, sans l'avoir aussi bien formulé : l'anesthésie évaluative.

Quand la production devient ultra-rapide, on perd la capacité à distinguer "c'est bien" de "je me sens bien en le faisant". Tout ressemble à une percée. L'output est réel — on a effectivement produit quelque chose — mais notre relation à cet output est distordue.

C'est une forme d'hypomanie productive : la capacité de production augmente réellement, mais la faculté d'évaluation ne suit pas. On confond le flow de création avec la qualité du résultat.

Ce que ça signifie concrètement

  • Les 80% premiers arrivent si vite qu'on croit avoir presque fini — alors que les 20% restants, ceux qui font la différence entre un prototype et un produit, demandent un tout autre type d'effort.
  • On lance 12 projets en parallèle au lieu d'en finir un seul correctement.
  • On confond la vitesse de prototypage avec la maturité du produit.
💡

L'antidote Memoways : c'est exactement pourquoi nous insistons sur la formalisation via un PRD avant de coder. Le PRD n'est pas un frein au flow — c'est un filtre évaluatif qui force à répondre à la question "qu'est-ce qu'un succès ?" avant que l'hypomanie ne brouille le jugement.

Où va la valeur ? Le pattern de commoditisation

L'autre leçon du Maker Movement est plus froide. Sachin rappelle le principe de Joel Spolsky ("commoditize your complement") : les imprimantes 3D bon marché ont rendu le prototypage quasi gratuit — ce qui était utile. Mais la connaissance profonde de la fabrication à l'échelle a continué de s'accumuler dans les bases industrielles comme Shenzhen.

Le même pattern se joue avec le vibe coding :

  • Le prototypage se démocratise → excellent.
  • Mais la valeur générée par toutes ces itérations remonte vers la couche modèle : les données d'entraînement, l'infrastructure, les providers d'API.
  • Les vibe coders risquent de devenir interchangeables — chacun produisant des démos impressionnantes sans accumuler de valeur durable propre.

C'est un écho direct de ce qu'on observe dans notre comparatif : le vendor lock-in de Lovable, Bolt et Replit signifie que la valeur de votre travail est partiellement captée par la plateforme. Les outils comme Cursor et Claude Code, qui vous laissent le contrôle total du code et du déploiement, protègent mieux votre investissement.

Quatre manières de créer de la valeur durable

Sachin propose de remplacer la métaphore du craft (l'artisanat, la transformation intérieure par la fabrication) par celle de la consommation — non pas passive, mais stratégique. On dépense un surplus d'intelligence cognitive disponible. La question devient : que produit cette dépense ?

Quatre modes de capture de valeur émergent :

1. 🎯 Le goût comme résidu de l'expérimentation

Quand produire devient quasi gratuit, la ressource rare devient le jugement — savoir ce qui devrait exister. Le vibe coder qui construit des dizaines de prototypes et les jette développe une forme de reconnaissance de patterns que les modèles eux-mêmes n'ont pas.

C'est le goût, la sensibilité, la direction créative. Et c'est notoirement difficile à commoditiser, parce que c'est illisible — on le développe en faisant beaucoup de choses et en observant lesquelles semblent vivantes et lesquelles semblent mortes.

À l'extrême, on devient le personnage de Pattern Recognition de William Gibson : quelqu'un dont les instincts esthétiques sont si aiguisés que des entreprises le paient simplement pour dire oui ou non à quelque chose de déjà prêt.

2. 👀 L'attention comme sous-produit de la dépense

Construire en public — vite, visiblement, en itérant devant une audience — génère de l'attention. Le produit compte moins que la performance de la fabrication. C'est structurellement identique à la logique des créateurs de contenu : chaque vidéo YouTube est une dépense ; l'audience accumulée sur des centaines de vidéos est l'actif.

Le vibe coding ajoute simplement un nouveau médium : au lieu de dépenser de l'effort en essais ou vidéos, on le dépense en apps et outils.

3. 🎁 Les projets comme cadeaux

Traiter son output comme des dons — outils open source, utilitaires gratuits, templates partagés — crée les conditions pour occuper une position intéressante dans le réseau. C'est la logique de l'économie du don qui a toujours été le moteur de l'open source.

Mais le cadrage par la consommation explique pourquoi ça fonctionne psychologiquement pour les vibe coders, là où le conseil habituel ("fais de l'open source pour te faire embaucher") sonne transactionnel : on a de l'énergie cognitive en surplus, on la dépense, on donne ce qu'on a fait. L'économie du don fait le reste.

4. 📊 La capture de signal avant absorption upstream

C'est le mode le plus stratégique — et le plus pertinent pour Memoways.

Chaque session de vibe coding produit du signal : ce que les utilisateurs veulent, quels patterns fonctionnent, où le modèle échoue, quelles instructions il interprète mal. Ce signal remonte actuellement gratuitement vers les fournisseurs de modèles. Vos prompts, vos itérations, vos corrections — tout cela devient des données d'entraînement pour la prochaine génération.

Mais ce signal peut être capturé avant qu'il ne remonte. Si vous structurez ce que vous apprenez — en datasets propriétaires, en boucles de feedback documentées, en enregistrements systématiques de ce qui marche et pourquoi — vous construisez ce que Sachin appelle une "data fortress" : une position qui se renforce avec chaque prototype, y compris ceux qui échouent, parce que la connaissance de pourquoi ils ont échoué est la partie précieuse.

🔥

Le lien avec notre approche : le PRD, la formalisation, les retours d'expérience structurés dans Notion, la documentation systématique de nos projets — c'est exactement de la capture de signal. Chaque projet Memoways enrichit notre compréhension de ce qui fonctionne dans un contexte spécifique (organisations culturelles, PME suisses). C'est notre forteresse de données, et elle n'est pas reproductible par un modèle généraliste.

Craft vs. consommation : une posture plus saine

La métaphore du craft — l'artisanat, la maîtrise — est profondément ancrée dans notre culture du travail. Et elle est utile : la rigueur, l'exigence, l'attention au détail restent essentielles.

Mais appliquée au vibe coding, elle devient une recette pour le burnout. Le craft suppose qu'on puise en soi et qu'on se transforme par l'effort. Toute l'architecture émotionnelle du craft est transformationnelle : on lutte, on développe la maîtrise, et l'objet produit est la preuve du changement intérieur.

Quand l'outil fait l'essentiel de la production, ce cadrage s'effondre. On cherche en soi quelque chose que le processus n'a jamais exigé qu'on développe. Et l'écart entre l'effort attendu et l'effort réel commence à ressembler à un échec personnel plutôt qu'à une caractéristique de la technologie.

Le cadrage par la consommation contourne ce piège. On ne puise pas en soi. On part du constat qu'il y a de l'énergie cognitive disponible et qu'elle doit aller quelque part. La question passe de "qu'est-ce que ça dit de moi en tant que créateur ?" à "quelle est la chose la plus intéressante sur laquelle je peux dépenser ça ?"

C'est une posture émotionnellement plus durable. Et en pratique, elle est compatible avec l'exigence — on peut dépenser avec soin et intention sans s'identifier à chaque output.

⚖️

Le juste milieu : il ne s'agit pas de renoncer à l'exigence ni de célébrer la production irréfléchie. Il s'agit de trouver le bon cadrage émotionnel pour une pratique qui est fondamentalement différente du développement traditionnel. Le vibe coding n'est ni du craft classique ni de la consommation passive — c'est une dépense d'énergie cognitive qui ne vaut que si on sait ce que la combustion produit.

Ce qu'il reste à explorer

Ce billet est une première base. Nous prévoyons de l'enrichir avec d'autres perspectives et analyses complémentaires pour adresser les enjeux suivants :

  • La dimension écologique et énergétique : quel est le coût réel (serveurs, tokens, infrastructure) de cette démocratisation ?
  • L'impact sur les métiers et compétences : comment le vibe coding redéfinit-il les rôles dans les organisations, particulièrement culturelles ?
  • La question de la souveraineté : quand votre capacité de production dépend d'API contrôlées par 3-4 entreprises américaines, que reste-t-il de l'autonomie promise ?
  • Les modèles économiques émergents : au-delà des 4 modes de Sachin, quelles formes prend la création de valeur dans un monde où tout le monde peut coder ?
  • La perspective culturelle suisse romande : comment nos organisations culturelles, avec leurs contraintes et valeurs spécifiques, peuvent-elles tirer le meilleur de ces outils sans perdre leur singularité ?

Des articles complémentaires viendront enrichir cette réflexion. Les perspectives seront ajoutées au fur et à mesure.

Sources

  • Linked page — Sachin, Technically (mars 2026)
  • Fred Turner, Millenarian Tinkering (2018) — Analyse académique du Maker Movement
  • Joel Spolsky, Strategy Letter V: Commoditizing Your Complement (2002)
  • Rachel Thomas, The Dark Flow State — fast.ai (2026)
  • Comparatif de logiciels de vibe coding, avec perspective agentic codingComparatif de logiciels de vibe coding, avec perspective agentic coding — Notre comparatif pratique
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